Québecpôl

Prévisions des élections québécoises

Archives pour juin 2007

L’intention de vote depuis l’élection

Posté par quebecpol le juin 30, 2007

C’est maintenant officiel, ce que tout le monde savait depuis la volte-face de Gilles Duceppe est maintenant confirmé, Pauline Marois sera la prochaine chef du PQ. Les derniers sondages mettent le PQ en avance (Léger-Marketing : PQ 32%, ADQ 31%, PLQ 28% et Crop : PQ 29%, ADQ 28% et PLQ 27%), mais, par rapport aux marges d’erreurs, on ne peut pas encore dire que le PQ a beaucoup bougé depuis la dernière élection. Dans la figure ci-dessous, où les lignes pointillées représentent les marges d’erreurs de 3% par rapport au chiffre de la dernière élection, on peut voir que le PQ demeure à l’intérieur de cette marge dans les sondages (excepté pour celui du 31 mars qui, ayant été fait juste après l’élection m’apparaît être très douteux). Dans le dernier sondage du 27 juin, le PQ sort à peine de cette zone, mais n’oublions pas les marges d’erreurs de ce dernier sondage. Il nous faudra d’autres coups de sonde pour se faire une meilleure idée de la situation, mais il est possible que le PQ soit en légère ascension.

intention-pq.png

Cependant, un élément notable des derniers sondages est l’état de l’intention de vote du PLQ. Dans le tableau suivant, semblable au précédant, on note que le parti libéral est sous sa fourchette de marge d’erreur de la dernière élection. La chose n’est pas complètement dramatique, dans la mesure où, compte tenu de la marge d’erreur des sondages, le PLQ pourrait bien se retrouver dans ce que nous appelons ici la « marge d’erreur de l’élection » (qui signifie ici la marge mathématique qu’un sondage devrait nous donner si rien ne bougeait depuis l’élection). Ce que je veux dire ici, c’est que le sondage nous donnant le PLQ à 28 %, la marge d’erreur du sondage étant de + ou – 3 %, le PLQ a 95 % des chances d’être « réellement » entre 25 % et 31 %. S’il est à 31 %, alors il demeure dans sa « fourchette de l’élection », mais une chose est certaine, le parti régresse dans l’intention de vote.

intention-plq.png

Un autre élément auquel il faudra éventuellement s’attarder est ce qu’on appelle la prime à l’urne (j’ai donné quelques explications sur le phénomène ici, dans la portion « deuxième piège : les indécis). Normalement cela favorise le PLQ, mais je ne suis plus certain si c’est encore le cas. Il me faudra plus de sondages pour m’en faire une idée, mais il est possible que le chose s’applique maintenant à l’ADQ. J’écrirai certainement un article pour traiter uniquement de ce sujet quand la chose sera possible.

Finalement, en ce qui a trait à l’ADQ, on ne peut pas dire que le parti est en baisse dans l’intention de vote, mais on peut tout de même voir des derniers sondages que son appui s’est stabilisé. N’oublions pas que le sondage du 31 mars est à mon avis invalide, non seulement parce que le contexte dans lequel il s’est effectué a certainement joué, étant immédiatement après l’élection, mais aussi peut-être parce qu’il fait parti de ce 5 % de sondages à mettre aux poubelles (pour des explications là dessus, voir ici).

intention-adq.png

Donc, présentement, ce que nous pouvons dire c’est que le PQ est en légère hausse, que le PLQ est en légère baisse et que l’ADQ ne bouge pas depuis l’élection. Il nous faudra encore d’autres sondages pour se faire une véritable idée et dire quelque chose avec plus d’assurance. Ceci étant, les luttes seront chaudes!

Maintenant, en ce qui a trait à « l’effet Marois », il est encore beaucoup trop tôt pour dire quoi que ce soit à cet égard, la population ne l’ayant pas encore vu l’oeuvre réellement en tant que chef du PQ. Encore une fois il nous faudra attendre, mais dès cet automne nous devrions pouvoir commencer à discuter sérieusement de ce qui risque de nous attendre.

Publié dans Prévisions électorales | Laisser un commentaire »

Mise à jour de la prévision

Posté par quebecpol le juin 28, 2007

J’ai mis à jour à prévision de répartition des sièges avec le dernier sondage Léger-Marketing/le Journal de Montréal du 27 juin. À voir dans la section “prévision”.

Publié dans Nouveautés sur le site | Laisser un commentaire »

La couverture médiatique de l’actualité politique

Posté par quebecpol le juin 4, 2007

Aujourd’hui je souhaites vous amener sur le thème de la couverture journalistique de l’actualité politique. Il fut un temps où la télévision n’existait pas, où seuls les journaux et la radio permettaient de couvrir les différents événements dans une société. La télévision a bouleversé la manière dont on couvre la politique et ce d’abord parce qu’elle contraint le journaliste à accompagner son propos d’une image vidéo, que celle-ci soit réellement pertinente ou non.

Première considération : il faut bien réaliser que la télévision, en tant que médium, est la forme d’information la moins efficace qui soit. Pour fournir la même quantité et la même qualité d’information, la télévision nécessite l’envoi d’un journaliste et d’un caméraman sur les lieux d’un événement, une fois les images et les informations collectées, il faut alors passer en studio pour faire du montage, enregistrer une narration etc. Un seul reportage télévisuel requiert énormément de personnel. Pour livrer la même « quantité » d’information, le journaliste de presse écrite peut très bien travailler seul, et il en va presque de même pour le journaliste de la radio.

Également, au-delà de l’événement lui-même, la télévision requiert des images, même lorsqu’un événement à couvrir n’en a que peu à offrir. La publication d’un rapport quelconque est à ce titre un bel exemple. Deux ou trois hommes derrière une table faisant leur conférence de presse et résumant très rapidement leur propos. Bref, aucune image vraiment intéressante. Le journaliste ira alors chercher des images d’archives sur lesquelles il lira son texte afin de rendre le reportage plus dynamique. Ceci étant, bien souvent les images ne fournissent en elles-mêmes aucune information et le reportage télévisuel se différentie en ce sens très peu du reportage radio, hormis qu’il coûte plus cher à produire.

Or dans cette tentative de rendre l’image réellement importante, les journalistes doivent souvent pousser les choses un peu : au lieu de couvrir l’événement, il faut désormais le provoquer. Ainsi tentera-t-on d’assaillir un débuté quelconque et de lui poser des questions en espérant qu’il fasse une gaffe que les caméras pourront capter. Comme si une déclaration malhabile arrachée par la pression était un événement, comme si ce qui était vraiment important n’était pas les versions officielles publiées sur papier par le gouvernement et ce simplement parce que seules versions à être réellement mise en branle politiquement. Bien plus simple de parler de la gaffe de tel ministre plutôt que de se taper la lecture d’un rapport ennuyeux et d’en livrer une analyse synthétique à son public. Difficile par contre de mettre des images intéressantes dans le compte rendu d’un rapport de 200 pages.

Au travers cela s’est ajouté ces dernières années l’information en direct, qui non seulement nécessite de l’image, mais qui en plus nécessite qu’il se passe toujours quelque chose digne de faire la nouvelle. Il faut constamment quelque chose pour alimenter ces chaînes d’information qui n’en finissent plus « d’informer », quitte à se répéter durant des heures. Il n’y a donc plus d’analyse, puisque l’on présente la nouvelle « brutte », à peine demande-t-on a quelques commentateurs de livrer leurs impressions, toujours en direct, sans que personne n’ait eu le temps de réfléchir à quoi que ce soit.

Puis finalement, dans la paresse intellectuelle de certains médias, le comble demeure la création totale de la nouvelle. À ce titre, le sondage Léger-Marketing/TVA de cet hiver portant sur le racisme au Québec est un exemple particulièrement éclairant. Un sondage à la méthodologie très douteuse, réalisé en plus dans un moment très tendu et voilà que toute une semaine durant le réseau ne parlait que de ce sondage. Le sondage lui-même était devenu une nouvelle, une nouvelle produite par le réseau qui livre cette nouvelle. TVA a donc créé la nouvelle au lieu de la livrer, TVA est devenu acteur au lieu d’être un observateur. Ce problème est d’autant plus criant à TVA et à TQS du fait que ces deux réseaux sont très peu enclins à porter leur attention sur l’information internationale, réduisant bien évidement le nombre de « vraies » nouvelles potentielles.

Finalement, et ce peu importe le réseau, l’information télévisuelle tel qu’elle se fait actuellement étant complètement inadaptée à l’analyse en profondeur, hormis peut-être les reportages plus long (je pense à l’émission Les grands reportages), l’information politique est de plus en plus couverte sous son angle stratégique au détriment de l’angle strictement politique. Ainsi voit-on pulluler les émissions d’analyse du jeu politique où l’on se concentre sur les diverses stratégies utilisées par les politiciens afin de convaincre les électeurs. La situation est alors complètement ridicule : le téléspectateur (qui est fort probablement un électeur) bien assis dans son fauteuil se fait expliquer comment le vendeur tente de lui vendre la voiture au lieu de se faire informer sur les divers choix qui s’offrent à lui. Et on s’étonne de l’accroissement du cynisme dans la population ! Ce type d’information a pris une telle ampleur que même la presse écrite emboîte peu à peu le pas. Est-ce là ce que doit être l’information en démocratie ? La question se pose, elle se pose d’autant plus que les citoyens sont de moins en moins nombreux à se déplacer pour aller voter.

Publié dans Actualité politique | Laisser un commentaire »

L’autonomisme, une troisième voie ?

Posté par quebecpol le juin 3, 2007

Depuis quelques années déjà et surtout durant la dernière campagne électorale, Mario Dumont a cherché à faire valoir sa position constitutionnelle et à la rendre crédible politiquement. Dumont a surtout tenté de se démarquer des positions dites « traditionnelles » du PQ et du PLQ, dépeignant ses adversaires comme de vieux politiciens encore prisonniers d’un débat stérile. Durant toute la dernière campagne il a évité d’associer sa position avec celles des vieux partis. « Êtes-vous fédéraliste ou souverainiste monsieur Dumont ? » Et Dumont de répondre systématiquement « Je suis autonomiste », comme si l’autonomisme était une solution à part des autres, qu’elle n’était pas impliqué dans la logique interne de ce débat dont les pôles demeurent souveraineté et fédéralisme, comme si être autonomiste c’était en soi avoir une position indépendante du débat souveraineté-fédéralisme.

Dumont jouait l’incrédulité, feignant de ne pas comprendre pourquoi tout le monde tentait constamment de ramener sa plateforme constitutionnelle à l’une des deux options « traditionnelles » et essayant de faire valoir l’autonomisme comme une position indépendante en elle-même. Il aurait alors fallu se mettre à croire qu’au Québec il y avait maintenant trois véritables positions : les souverainistes, les fédéralistes et les autonomistes.

De manière générale, on peut aisément dire que la position de l’ADQ n’a rien de nouveau, elle provient tout droit du rapport Allaire, du moins la première version du rapport, celle qui n’a pas été publiée et qui n’aurait pas eu besoin de tous ces addendums. Le tout se résume ainsi : une dernière chance au Canada et si ça ne marche pas on s’en va. Dumont, alors qu’il était président de la commission jeunesse du PLQ, a quitté le parti en colère après Robert Bourassa parce que ce dernier, alors que la seule solution était clairement devenu la souveraineté, n’a rien fait et a tout bloqué. Beaucoup d’eau a coulé sous les ponts et Dumont aurait eu de nombreuses occasions de revenir au PLQ, il ne l’a jamais fait et ce même s’il a longtemps été seul sur sa route. Dumont est d’abord une bête constitutionnelle, il ne faut jamais l’oublier.

Le fait est également que si Dumont peut aujourd’hui adopter la position du rapport Allaire, c’est surtout parce que le PLQ l’a abandonné depuis que Jean Charest en a pris la tête. Constitutionnellement, en fait, le PLQ a tout abandonné depuis les échecs de Meetch et de Charlottetown et ce parce qu’au fond il n’était pas prêt à assumer sa position jusqu’au bout : en cas d’échec, les libéraux n’étaient pas prêt à faire un référendum sur la souveraineté. Le PLQ a été poussé dans la câbles et s’est enfui. Mario Dumont, lui, a quitté en colère parce que son parti se défilait. En fait, la seule véritable nouvelle position constitutionnelle sur la scène politique québécoise, celle qui est apparue récemment est celle du PLQ : le statut quo

Alors, finalement, l’autonomisme est-ce vraiment une troisième voie ? Bien sûr que non, c’est simplement la position du PLQ du début des années 90, mais qui, cette fois, semble être adopté par quelqu’un qui irait jusqu’au bout. Donc en un certain sens, Dumont est fédéraliste parce qu’il privilégie d’abord une entente avec le Canada. Cependant, il n’éprouve pas de problème avec l’idée de souveraineté et serait tout à fait disposé à la faire si elle devenait encore une fois le seul chemin possible. Au fond tout cela tient en une seule question : croit-on que le Canada est réformable ? Si oui alors Dumont est un fédéraliste, si non alors il est souverainiste. Et qu’en pense Mario Dumont ? Je crois qu’il a depuis très longtemps perdu sa naïveté.

Publié dans Actualité politique | Laisser un commentaire »

Le PQ a-t-il prit la bonne décision ?

Posté par quebecpol le juin 1, 2007

La décision du Parti québécois dans la récente « crise du budget » telle qu’elle fut nommée par les médias n’est pas complètement étonnante. La question maintenant est la suivante : était-ce la bonne décision ?

Première chose, quoiqu’on en dise, le PQ n’a aucun intérêt actuel à provoquer des élections, au mieux il deviendrait l’opposition officielle avec quelques comptés de plus que le PLQ (tel que ma prévision actuelle l’annonce, voir dans la section « Prévision »), au pire il demeurerait la deuxième opposition derrière le PLQ comme opposition officielle. Certains ont affirmé que d’obliger Mario Dumont à subir « le test du pouvoir » permettrait de dégonfler « la bulle » de l’ADQ et à long terme servirait le PQ. Je ne crois pas à cela, il y a longtemps que la montée de l’ADQ est dans l’air, pas plus tard qu’en 2003 les sondages nous révélaient déjà cette tendance possible. Des sondages internes du PQ que j’ai moi-même analysés datant de cette non si lointaine époque où le PQ était encore au pouvoir le révélaient : les Québécois aiment Mario Dumont. Lors de la dernière élection, ils ont simplement passé l’acte. Bien sûr, le pouvoir « teste » et entame la popularité politique, mais très rarement au point de mettre à mort un parti.

N’oublions pas, malgré que Pauline Marois sera de toute évidence chef du PQ d’ici quelques semaines, le parti n’a toujours pas de chef et même si les fameux sondages sont très favorables à madame Marois, ils ne veulent pas dire grand chose pour l’instant et ce pour la simple raison que son leadership n’est encore qu’hypothétique pour les Québécois. En d’autres mots ils ne l’on pas vu à l’oeuvre. J’ai un très sérieux problème avec les sondages hypothétiques (voir à ce titre mon article dans la section « Approndir »).

Le but du PQ était donc de provoquer quelque chose, de démontrer qu’il est toujours là, d’avoir de la visibilité médiatique et de mettre au jour sa crédibilité en tant que force politique. Malgré que nous pouvons aisément qualifier les « gains » de « peanuts » dans un budget, il reste que la mission est symboliquement accomplie, le PQ a obligé le gouvernement à bouger. Faire un tour du chapeau ici aurait été très difficile, le PQ a marqué un but dans une partie qui finalement s’avèrera sans importance, mais ça reste un but.

Le PQ n’avait pas avantage à provoquer des élections, pas plus que le PLQ. Et malgré les sondages qui lui sont favorables, je ne crois même pas que l’ADQ y avait vraiment avantage non plus. « Les Québécois ne veulent pas d’élections » ne constitue qu’une excuse bidon, les gens ne veulent jamais d’élection, c’est une corvée à laquelle ils consentent de participer, par nécessité, une fois sporadiquement, mais quand il y a élection, quoi qu’on en pense, beaucoup de gens se déplacent quand même.

Je crois donc que le PQ a réussit à se sortir d’une situation difficile avec beaucoup de tact. Il ne fera pas de gains avec cela, mais au moins il s’assure de ne rien perdre.

Publié dans Actualité politique | Laisser un commentaire »

Interpréter les sondages : les différents pièges

Posté par quebecpol le juin 1, 2007

Dans mon dernier article, vous avez vu les bases minimales requises pour comprendre le fonctionnement interne du sondage. Évidemment, je vous ai évité le plus complexe, c’est-à-dire le fondement mathématique de la chose, ce qui rend nécessairement cette introduction déficiente. Or somme toute, les mathématiques qui sont au fondement du sondage ne sont pas très complexes, si vous avez suivi un cours de statistiques au Cégep, révisez vos notes de cours et vous vous en sortirez. Maintenant vient le plus intéressant pour l’observateur de la politique québécoise : comment doit-on interpréter les sondages politiques ? Il n’y a pas de méthode particulière pour le faire, cependant nombreux sont les pièges et raccourcis à éviter, ce que malheureusement peu de journalistes prennent la peine de faire.

Premier piège : les marges d’erreurs

La plus part d’entre vous savez ce qu’est une marge d’erreur, vous comprenez assez bien le concept, mais malheureusement vous l’utilisez mal. La plus part d’entre vous savent déjà que, si par exemple le parti X obtient 30 % dans un sondage de + ou – 3% de marge d’erreur, le « Vrai chiffre » est entre 27 et 33. Il faut toujours tenter de voir les chiffres divulgués par les sondages comme étant le milieu d’une fourchette à trois doigts : le doigt du chiffre donnée par le sondage, le doigt supérieur de la marge d’erreur et le doigt inférieur. Nous savons qu’avec 95 % d’intervale de confiance, le résultat du parti X a 95 % des chances d’être à l’intérieur des marges d’erreur indiquées, donc entre 27 % et 33 %.

Ceci étant dit, il faut bien réaliser que deux partis situés dans la même marge d’erreur sont théoriquement à égalité, même si le chiffre nominal de l’un des deux est plus élevé que l’autre. Reprenons notre parti X à 30 % et ajoutons le parti Y à 29 %. Ici le parti X n’est que virtuellement plus élevé que le parti Y, sa fourchette de marge d’erreur n’étant plus élevé que d’un seul point. Leurs fourchettes de marge d’erreur respectives se chevauchent dans leur presque totalité et de toute manière, tant et aussi longtemps que les fourchettes de marge d’erreur se chevauchent les partis sont statistiquement à égalité. Ceci étant, si après plusieurs sondages nous donnant un résultat similaire, on peut tout de même considérer que les probabilités sont plus grandes pour que le parti en avance le soit effectivement, mais toujours avec beaucoup de réserve.

Un autre élément important des marges d’erreur, probablement le plus important d’ailleurs, est pourtant aussi l’élément le plus négligé dans les analyses des sondages : les marges d’erreurs s’appliquent aussi d’un sondage à l’autre! Si par exemple le 30 mai un sondage place le parti X à 30 % et que le 5 juin un autre sondage le place à 32 %, on ne peut pas dire que le parti à fait des gains parce que les deux résultats sont dans la même fourchette de marge d’erreur. Pour vous aider à visualiser la chose j’ai fait le petit dessin suivant :

image-4.png

Nous voyons ici l’évolution de l’intention de vote d’un Parti X selon 5 sondages. Toutes les fourchettes se chevauchent d’un sondage à l’autre. Ainsi, si on ne prend que les sondages 1 et 2 (seule information que nous aurions si nous étions dans la réalité et que les sondages suivants n’avaient pas encore été réalisés) nous ne pourrions pas conclure que le Parti X a fait des gains. Nous voyons à partir du sondage 3 que le parti entame une percée, mais si nous ne prenons que les sondages 3 et 4, nous ne pouvons pas affirmer que le parti fait des gains, même chose si nous ne prenons que les sondages 4 et 5 ou 5 et 6. En clair, il faut plusieurs sondages pour pouvoir affirmer qu’un parti gagne des points lorsque l’on voit, comme ici, que d’un sondage à l’autre le parti est toujours dans les mêmes marges d’erreur que dans le sondage précédant, mais que sur le long terme il y a une progression.

image-7.png

Deuxième piège : les indécis

De manière générale, dans les sondages publiés dans les journaux, les indécis ont déjà été répartis par la firme de sondage. Les firmes répartissent le plus souvent les indécis en les distribuant proportionnellement aux résultats bruts du sondage parce qu’ils font l’hypothèse que le hasard, qui en mathématique tend à répartir les choses dans leur égalité relative, fera en sorte que c’est mathématiquement la manière dont les indécis se répartiront de toute manière. Or, tel n’est pas nécessairement le cas. On note depuis longtemps au Québec un phénomène que l’on a appelé « la prime à l’urne » qui désigne simplement le fait que le Parti libéral du Québec obtient presque toujours des résultats électoraux légèrement supérieurs à ce que prédisent les sondages. Les analystes libéraux ont tendance à voir le phénomène de manière un peu romantique, ils pensent que le phénomène s’explique par le fait qu’une fois dans l’urne, certains électeurs devant le choix imminant sont « ramenés à la raison » et votent donc libéral. Évidemment, cette vision peut bien leur faire plaisir, mais elle est probablement loin de la réalité. En fait, la clef de ce phénomène se situe dans les indécis : on note que de manière générale, lorsque le pourcentage d’indécis dans un sondage est plus faible que la moyenne, le PLQ obtient une résultat plus élevé dans ce sondage. Comme le montre le dessin suivant où la ligne rouge représente l’évolution de l’intention de vote du PLQ et la ligne verte celle des indécis dans les mêmes sondages fictifs.

image-6.png

En clair, il faut comprendre que la catégorie « indécis » ne regroupe pas seulement les véritables indécis mais aussi des gens qui ne veulent pas dire au téléphone pour qui ils pensent voter. Il apparaît alors que dire « je suis indécis » permet à la personne interviewé d’avoir l’air de collaborer (en ne refusant pas de répondre) tout en préservant sa réponse personnelle. On note également qu’un nombre significatif de ces personnes votent pour le PLQ ce qui explique le phénomène. En ce sens, la prime à l’urne ne s’expliquerait pas tant par la réalité de l’urne qui « ramène à la raison » que par une gêne de certains répondants libéraux à dire aux sondeurs qu’ils votent pour le PLQ. Pierre Drouilly, professeur de sciences politique à l’Université du Québec à Montréal, préfère utiliser le terme « discrets » au lieu « d’indécis » pour désigner cette catégorie. Également, j’ajouterais qu’avec l’arrivée de plus petits partis politique ayant une visibilité médiatique assez grande pour être connus de la population comme le Parti vert et Québec solidaire, il est fort probable que les sondages actuels et futurs surévaluent leurs appuis en raison de ce phénomène, surtout en ce qui a trait au Parti vert. En effet, je crois qu’il est fort probable qu’un nombre significatif de répondants aux sondages, au lieu de se dire indécis, affirmeront avoir l’intention de voter pour un de ces petits partis, principalement le Parti vert, afin de garder pour eux leur véritable réponse et ce pare que ces partis ne font face à aucune opposition significative, étant trop peu importants pour en avoir une, en ce sens affirmer vouloir voter pour eux ne constitue donc pas en soi une prise de position contestée socialement. La chose reste cependant à vérifier et ne réfère qu’à mon intuition personnelle.

Troisième piège : les campagnes électorales « scénarisées »

En se prenant de plein fouet dans le premier piège, plusieurs médias, voir tous, ont aussi tendance à analyser les campagnes électorales en induisant à partir des sondages du mouvement de « l’opinion publique » là où les sondages ne peuvent en aucun cas affirmer qu’il y en a. Par exemple, un analyste qui affirme que la dernière déclaration d’importance d’un chef de parti X lui a fait gagner des points parce que dans le sondage le plus récent son parti obtient 2 points de plus que dans le sondage précédant. Nous avons vus que cela est faux au piège 1. Cette attitude des journalistes tend évidemment à rendre la campagne plus intéressante en lui injectant des rebondissements dramatiques, mais elle donne au public une information erronée. Ce d’autant plus que, même si un parti X faisait réellement des gains, rien ne nous permettrait de dire que ces gains sont causés par telle déclaration ou par tel événement. Des milliers de causes peuvent expliquer du mouvement dans l’intention de vote, les journalistes en « scénarisant » de la sorte les campagnes électorales ne retiennent que les causes qui rendent la campagne simple à comprendre et plus intéressante pour les auditeurs, lecteurs et téléspectateurs.

Par ailleurs, en faisant cela, ils détournent l’attention publique des véritables enjeux politiques en ne parlant pas des différentes prises de positions partisanes et ce au profit d’une analyse bidon du jeu politique. On se retrouve donc avec des journalistes qui, au lieu d’expliquer aux électeurs les différents choix qui s’offrent eux, analysent devant ces électeurs même ce qui se passe dans leur tête d’électeur via la multitude dans laquelle ils sont parti intégrante. En clair, les sondages politiques ont leur intérêt dans une campagne électorale, mais ils ne doivent jamais devenir le centre de celle-ci, l’information qu’ils fournissent étant bien trop limitée.

Voilà pour ce deuxième article explicatif sur les sondages d’intention de vote. Je pense actuellement que dans mon prochain article sur ce thème je vous ferai un petite critique des sondages. En attendant, si vous désirez lire tout de suite une critique, je vous invites à consulter l’article théorique que j’ai déposé dans la section « Approfondir ».

Si vous avez des questions, ne vous gênez surtout pas, il me fera un plaisir d’y répondre. Vos commentaires sont également toujours les bienvenus.

Publié dans Le sondage : bases théoriques | 3 Commentaires »

Une critique des sondages d’opinion publique

Posté par quebecpol le juin 1, 2007

Un premier ajout à lire dans la section “Approfondir” dans laquelle je mets à votre disposition des textes de nature académique et théorique. Le texte porte principalement sur les critiques de Pierre Bourdieu.

Attention aux étudiants paresseux, des dispositions visant contrer le plagiat ont été prises : donc ne plagiez pas vous vous ferez prendre!

Publié dans Nouveautés sur le site | Laisser un commentaire »