Depuis quelques années déjà et surtout durant la dernière campagne électorale, Mario Dumont a cherché à faire valoir sa position constitutionnelle et à la rendre crédible politiquement. Dumont a surtout tenté de se démarquer des positions dites « traditionnelles » du PQ et du PLQ, dépeignant ses adversaires comme de vieux politiciens encore prisonniers d’un débat stérile. Durant toute la dernière campagne il a évité d’associer sa position avec celles des vieux partis. « Êtes-vous fédéraliste ou souverainiste monsieur Dumont ? » Et Dumont de répondre systématiquement « Je suis autonomiste », comme si l’autonomisme était une solution à part des autres, qu’elle n’était pas impliqué dans la logique interne de ce débat dont les pôles demeurent souveraineté et fédéralisme, comme si être autonomiste c’était en soi avoir une position indépendante du débat souveraineté-fédéralisme.
Dumont jouait l’incrédulité, feignant de ne pas comprendre pourquoi tout le monde tentait constamment de ramener sa plateforme constitutionnelle à l’une des deux options « traditionnelles » et essayant de faire valoir l’autonomisme comme une position indépendante en elle-même. Il aurait alors fallu se mettre à croire qu’au Québec il y avait maintenant trois véritables positions : les souverainistes, les fédéralistes et les autonomistes.
De manière générale, on peut aisément dire que la position de l’ADQ n’a rien de nouveau, elle provient tout droit du rapport Allaire, du moins la première version du rapport, celle qui n’a pas été publiée et qui n’aurait pas eu besoin de tous ces addendums. Le tout se résume ainsi : une dernière chance au Canada et si ça ne marche pas on s’en va. Dumont, alors qu’il était président de la commission jeunesse du PLQ, a quitté le parti en colère après Robert Bourassa parce que ce dernier, alors que la seule solution était clairement devenu la souveraineté, n’a rien fait et a tout bloqué. Beaucoup d’eau a coulé sous les ponts et Dumont aurait eu de nombreuses occasions de revenir au PLQ, il ne l’a jamais fait et ce même s’il a longtemps été seul sur sa route. Dumont est d’abord une bête constitutionnelle, il ne faut jamais l’oublier.
Le fait est également que si Dumont peut aujourd’hui adopter la position du rapport Allaire, c’est surtout parce que le PLQ l’a abandonné depuis que Jean Charest en a pris la tête. Constitutionnellement, en fait, le PLQ a tout abandonné depuis les échecs de Meetch et de Charlottetown et ce parce qu’au fond il n’était pas prêt à assumer sa position jusqu’au bout : en cas d’échec, les libéraux n’étaient pas prêt à faire un référendum sur la souveraineté. Le PLQ a été poussé dans la câbles et s’est enfui. Mario Dumont, lui, a quitté en colère parce que son parti se défilait. En fait, la seule véritable nouvelle position constitutionnelle sur la scène politique québécoise, celle qui est apparue récemment est celle du PLQ : le statut quo
Alors, finalement, l’autonomisme est-ce vraiment une troisième voie ? Bien sûr que non, c’est simplement la position du PLQ du début des années 90, mais qui, cette fois, semble être adopté par quelqu’un qui irait jusqu’au bout. Donc en un certain sens, Dumont est fédéraliste parce qu’il privilégie d’abord une entente avec le Canada. Cependant, il n’éprouve pas de problème avec l’idée de souveraineté et serait tout à fait disposé à la faire si elle devenait encore une fois le seul chemin possible. Au fond tout cela tient en une seule question : croit-on que le Canada est réformable ? Si oui alors Dumont est un fédéraliste, si non alors il est souverainiste. Et qu’en pense Mario Dumont ? Je crois qu’il a depuis très longtemps perdu sa naïveté.