Aujourd’hui je souhaites vous amener sur le thème de la couverture journalistique de l’actualité politique. Il fut un temps où la télévision n’existait pas, où seuls les journaux et la radio permettaient de couvrir les différents événements dans une société. La télévision a bouleversé la manière dont on couvre la politique et ce d’abord parce qu’elle contraint le journaliste à accompagner son propos d’une image vidéo, que celle-ci soit réellement pertinente ou non.
Première considération : il faut bien réaliser que la télévision, en tant que médium, est la forme d’information la moins efficace qui soit. Pour fournir la même quantité et la même qualité d’information, la télévision nécessite l’envoi d’un journaliste et d’un caméraman sur les lieux d’un événement, une fois les images et les informations collectées, il faut alors passer en studio pour faire du montage, enregistrer une narration etc. Un seul reportage télévisuel requiert énormément de personnel. Pour livrer la même « quantité » d’information, le journaliste de presse écrite peut très bien travailler seul, et il en va presque de même pour le journaliste de la radio.
Également, au-delà de l’événement lui-même, la télévision requiert des images, même lorsqu’un événement à couvrir n’en a que peu à offrir. La publication d’un rapport quelconque est à ce titre un bel exemple. Deux ou trois hommes derrière une table faisant leur conférence de presse et résumant très rapidement leur propos. Bref, aucune image vraiment intéressante. Le journaliste ira alors chercher des images d’archives sur lesquelles il lira son texte afin de rendre le reportage plus dynamique. Ceci étant, bien souvent les images ne fournissent en elles-mêmes aucune information et le reportage télévisuel se différentie en ce sens très peu du reportage radio, hormis qu’il coûte plus cher à produire.
Or dans cette tentative de rendre l’image réellement importante, les journalistes doivent souvent pousser les choses un peu : au lieu de couvrir l’événement, il faut désormais le provoquer. Ainsi tentera-t-on d’assaillir un débuté quelconque et de lui poser des questions en espérant qu’il fasse une gaffe que les caméras pourront capter. Comme si une déclaration malhabile arrachée par la pression était un événement, comme si ce qui était vraiment important n’était pas les versions officielles publiées sur papier par le gouvernement et ce simplement parce que seules versions à être réellement mise en branle politiquement. Bien plus simple de parler de la gaffe de tel ministre plutôt que de se taper la lecture d’un rapport ennuyeux et d’en livrer une analyse synthétique à son public. Difficile par contre de mettre des images intéressantes dans le compte rendu d’un rapport de 200 pages.
Au travers cela s’est ajouté ces dernières années l’information en direct, qui non seulement nécessite de l’image, mais qui en plus nécessite qu’il se passe toujours quelque chose digne de faire la nouvelle. Il faut constamment quelque chose pour alimenter ces chaînes d’information qui n’en finissent plus « d’informer », quitte à se répéter durant des heures. Il n’y a donc plus d’analyse, puisque l’on présente la nouvelle « brutte », à peine demande-t-on a quelques commentateurs de livrer leurs impressions, toujours en direct, sans que personne n’ait eu le temps de réfléchir à quoi que ce soit.
Puis finalement, dans la paresse intellectuelle de certains médias, le comble demeure la création totale de la nouvelle. À ce titre, le sondage Léger-Marketing/TVA de cet hiver portant sur le racisme au Québec est un exemple particulièrement éclairant. Un sondage à la méthodologie très douteuse, réalisé en plus dans un moment très tendu et voilà que toute une semaine durant le réseau ne parlait que de ce sondage. Le sondage lui-même était devenu une nouvelle, une nouvelle produite par le réseau qui livre cette nouvelle. TVA a donc créé la nouvelle au lieu de la livrer, TVA est devenu acteur au lieu d’être un observateur. Ce problème est d’autant plus criant à TVA et à TQS du fait que ces deux réseaux sont très peu enclins à porter leur attention sur l’information internationale, réduisant bien évidement le nombre de « vraies » nouvelles potentielles.
Finalement, et ce peu importe le réseau, l’information télévisuelle tel qu’elle se fait actuellement étant complètement inadaptée à l’analyse en profondeur, hormis peut-être les reportages plus long (je pense à l’émission Les grands reportages), l’information politique est de plus en plus couverte sous son angle stratégique au détriment de l’angle strictement politique. Ainsi voit-on pulluler les émissions d’analyse du jeu politique où l’on se concentre sur les diverses stratégies utilisées par les politiciens afin de convaincre les électeurs. La situation est alors complètement ridicule : le téléspectateur (qui est fort probablement un électeur) bien assis dans son fauteuil se fait expliquer comment le vendeur tente de lui vendre la voiture au lieu de se faire informer sur les divers choix qui s’offrent à lui. Et on s’étonne de l’accroissement du cynisme dans la population ! Ce type d’information a pris une telle ampleur que même la presse écrite emboîte peu à peu le pas. Est-ce là ce que doit être l’information en démocratie ? La question se pose, elle se pose d’autant plus que les citoyens sont de moins en moins nombreux à se déplacer pour aller voter.