Québecpôl

Analyses de la politique québécoise

Archive pour août, 2007

Analyse du sondage Crop/La Presse du 29 août 2007

Publié par quebecpol sur août 30, 2007

Voilà que l’automne arrive à grands pas et avec lui la nouvelle année politique qui débute. Avant que ne recommence la joute, un état de la situation s’impose, d’autant que nous sommes en situation de gouvernement minoritaire et qu’en ce sens nous aurons certainement droit à du jeu robuste. Le dernier sondage Crop/La presse du 29 août dernier peut ici nous y aider. Je vous propose donc ici mon analyse des résultats de ce dernier sondage.

Veuillez noter que dans cet article, les chiffres desquels sont issus les différents graphiques émanent de ma propre répartition des indécis que j’ai fais à partir du dernier sondage Crop. Ne soyez donc pas étonnés de ne pas y voir de concordance directe. J’expliquerai cette problématique davantage à la fin de l’article.

Le PLQ au plus bas

Le premier élément à mentionner, c’est d’abord que la tendance se confirme pour le PLQ, il a atteint les bas-fonds et il semble être parti pour y rester. Il ne faudrait pas s’attendre à ce que la parti descende encore, je crois qu’il a atteint sa base minimale, mais il n’en demeure pas moins que la situation est pour le moins critique pour le parti, d’autant que rien ne nous laisse croire qu’il pourrait entamer une remontée.

evolutionplq29-08-07.png
Si nous observons le graphique ci-haut, dans lequel les lignes pointillées représentent la marge “d’erreur de l’élection”, c’est-à-dire la marge dans laquelle le PLQ devrait se trouver dans les sondages (d’une marge d’erreur de + ou - 3 %) si l’intention de vote des électeurs n’avait pas changé depuis l’élection, on remarque qu’il se situe sous cette marge depuis maintenant trois sondages. Ainsi, nous pouvons affirmer avec beaucoup de confiance que le parti à réellement baissé dans l’intention de vote et ce substantiellement. Nous pouvons aussi dire que le PLQ est très certainement en troisième position présentement.

La lutte entre le PQ et l’ADQ

Un autre élément qui se confirme dans ce sondage c’est la remontée du PQ et la stabilisation du vote de l’ADQ.

D’abord, on note que, tout comme lors du dernier sondage du 27 juin, le PQ se situe légèrement au-dessus de sa marge d’erreur de l’élection. En ce sens, nous ne pouvons pas affirmer qu’il soit réellement en ascension depuis l’élection, mais avec maintenant deux sondages qui le placent à cet endroit, nous pouvons croire que le parti a probablement fait des gains.

evolutionpq29-08-07.png

Quant à l’ADQ, la situation est semblable à celle du PQ.

evolutionadq29-08-07.png
Tout le problème actuellement est de savoir lequel des deux partis est en avant de l’autre. Personnellement, je crois qu’ils sont actuellement à quasi égalité. Une chaude lutte s’annonce donc pour les votes francophones!

Le problème de la répartition des indécis

Le plus grand problème actuellement pour celui qui tente d’analyser les sondages consiste en la répartition des indécis. Les différentes maisons de sondages ont l’habitude de les répartir proportionnellement aux résultats du sondage. Ainsi, dans un sondage ou le Parti P aurait eu 50 % des intentions de vote, on lui attribut 50 % des indécis, et ainsi de suite pour les autres partis. La raison pour laquelle les différentes firmes utilisent cette méthode est simplement parce que c’est celle qui implique le moins de travail sur les données recueillies. Non pas que le travail leur fasse peur et que les sondeurs soient paresseux! C’est simplement que de l’idée de répartir les indécis autrement leur fait peur parce que cela implique de “bidouiller” avec les données et que cela oblige à sortir de la simple logique mathématique pour y faire entrer de l’analyse sociologique et politique, ce qui implique une possibilité d’erreur en apparence plus grande.

Pour ma part, si je respecte et comprends cette décision des firmes de sondages, j’ai choisi pour différentes raisons de ne pas répartir les indécis de cette manière. Si vous avez lu le deuxième texte sur la théorie des sondages, vous comprenez l’origine de ce que l’on appelle “la prime à l’urne”, qui jusqu’à tout récemment favorisait les libéraux. Je vous ai expliqué que ce phénomène s’explique par les indécis : les électeurs libéraux étaient plus nombreux à se dire indécis que les électeurs péquistes et nous observions donc que le PLQ obtenait toujours des résultats légèrement supérieurs à ce que lui prédisaient les sondages. Le fait est qu’il ne faut pas comprendre ce phénomène comme quelque chose de figé, de coulé dans le béton. Il faut voir que dans la société québécoise, un certain type de personnes sont plus hésitantes à divulguer leur intention de vote dans un sondage et qu’une proportion significative de ces personnes étaient jusqu’à maintenant des libéraux. Par ailleurs, ces personnes ne sont pas simplement réparties au hasard dans la société, elles ont des traits caractéristiques communs qui expliquent leur décision de se dire indécises afin de ne pas dévoiler leur véritable option politique.

Ici entre donc en jeu l’instinct de l’analyste politique. Malheureusement, je n’ai évidemment pas accès aux résultats complets des derniers sondages, je n’ai que ce qui a été publié dans les journaux avec cette petite nuance que j’ai pu avoir accès aux différents pourcentages d’indécis de chacun de ces sondages. Cependant, il est certain que dans tous ces questionnaires, certaines questions que nous appelons “socio-démographiques” ont été posées. Ce genre de questions réfèrent à, par exemple, l’âge, le sexe, le milieu de vie et le revenu des répondants. Ce genre de données me permettraient de dégager le type d’individus que nous pouvons appeler “discrets” (j’utilise ici la terminologie du Professeur Pierre Douilly de l’UQAM) et d’en tirer certaines conclusions avec plus de certitude. Ceci étant dit, en l’absence de telles données, l’instinct doit prendre le relève!

Le problème aujourd’hui est que, si nous prenons les résultats bruts (avant le répartition des indécis) du sondage Léger-Marketing s’étant déroulé tout juste à la veille de l’élection, il aurait fallu attribuer près de 60 % des indécis à l’ADQ pour avoir un résultat qui s’approchait de leur véritable score. La question est donc de savoir si la prime à l’urne favorise maintenant l’ADQ. Le chose fait du sens, car il est fort probable que les discrets soient des nationalistes non souverainistes vivant dans des milieux sociologiquement plus souverainistes. Ces individus auraient donc naturellement tendance à demeurer discret sur leur option politique parce qu’habitués à se voir isolé dans leur milieu. Par exemple, un fier Québécois fédéraliste au Saguenay aura appris très vite à ne pas parler de ses convictions et reproduira cette attitude même dans l’anonymat de l’entrevue téléphonique. Par ailleurs, vouloir voter pour un parti pour lequel on croit que peu de gens voteront porte à la discrétion. Ce deuxième phénomène explique certainement le résultat de l’ADQ par rapport à ce que prédisaient les sondages juste avant l’élection : beaucoup de gens voulaient voter pour l’ADQ mais plusieurs d’entre eux ne voulaient pas le dire parce qu’ils se croyaient un peu seuls à vouloir le faire et avaient peur de la réaction des autres.

Le problème maintenant, c’est qu’après le résultat de la dernière élection, il est peu probable que le fait de voter pour l’ADQ puisse être vu comme quelque chose de stupide qui porterait les gens à être discrets sur leur option. Autrement dit, il est peu probalbe qu’un individu songeant à voter pour l’ADQ se croit être à contre-courant. Donc, il est logique de croire que moins d’électeurs adéquistes aient peur de se dévoiler comme tels en se disant indécis. En ce sens, il faudrait accorder une moins grande proportion d’indécis à l’ADQ que ce qu’il aurait fallu faire juste avant l’élection.

Tout le problème est donc de savoir comment il faut répartir les indécis maintenant. Nous n’aurons de véritable réponse à cette question que lors de la prochaine élection, mais d’ici là, l’analyse de plusieurs sondages pourra nous donner des indices. Il faudra cependant attendre d’avoir plus de coups de sonde pour s’en faire une idée.

Un chose est certaine, le PLQ est troisième. la question maintenant est de savoir qui, entre le PQ et l’ADQ, prendra la tête.

Publié dans Prévisions électorales | Aucun commentaire »

Le malaise identitaire

Publié par quebecpol sur août 11, 2007

Voilà que depuis quelques semaines, les libéraux cherchent à raffermir leur positionnement constitutionnel. La semaine dernière, Benoît Pelletier proposait rien de moins que d’amender la constitution canadienne afin d’y inclure la notion de “fédéralisme d’ouverture” et voilà que cette semaine Jean Charest se fait le grand défenseur des champs de compétences provinciaux, chose qu’il a par ailleurs toujours fait depuis qu’il est premier ministre, mais rarement avec une telle fougue. Si l’idée de Benoît Pelletier est complètement farfelue, le “fédéralisme d’ouverture” n’étant même pas un concept digne de ce nom, c’est-à-dire qu’il peut désigner à peu prêt n’importe quoi, qu’il n’est non pas le fruit d’une réflexion sérieuse mais simplement un mot directement sorti d’un programme politique, il n’en demeure pas moins qu’il est ici intéressant d’observer la tentative de repositionnement des libéraux actuellement.

Le dernier congrès libéral s’est concentré sur trois grands enjeux : “le défi économique, le défi démographique et le défi identitaire”. La question de l’identité fait donc son apparition dans les débats partisans. C’est que tous les partis politiques ont fait leurs analyses de la dernière élection et personne ne peut passer à côté du violent volte-face du vote des francophones. Sur ce plan les libéraux sont les plus mal en point, quoique le PQ n’est pas en grande forme non plus.

Pourtant, cette “crise identitaire” était tout à fait prévisible dans ce Québec qui se veut inclusif (par opposition à exclusif). C’est qu’avec la faiblesse intellectuelle de nombre “d’intellectuels” québécois, la notion de désignation devient de fait un acte d’exclusion, comme si le fait de désigner les peupliers était en soi un acte indigne puisque excluant de fait tous les autres arbres. Le grand malheur étant que ces individus à l’esprit d’analyse plutôt douteux ont pourtant une influence considérable sur la “morale publique”, c’est-à-dire sur ce qui peut et ne peut pas être dit dans le débat public québécois. Ainsi, l’expression “Québécois de souche” devient grégaire et exclusive, en ce sens qu’elle donne une détermination identitaire qui exclut ceux qui ne sont pas partie intégrante de la souche. S’il est évident que l’identité québécoise ne peut et ne doit pas être assimilée à ce que nous désignions par “Québécois de souche”, il n’en demeure pas moins que l’expression “désigne” une portion de la société dont on peut tout à fait légitimement affirmer l’existence. De la même manière qu’il n’y a pas de mal à désigner les italiens par le mot “italiens”, les haïtiens par le mot “haïtiens”, il n’y a pas de mal à utiliser l’expression “Québécois de souche”. Je dirais même que non seulement l’expression est-elle juste sociologiquement, elle est aussi la plus ouverte des désignations.

Lorsque nous disons qu’un individus vivant au Québec qu’il est italien, nous ne le disons pas pour dire qu’il n’est pas Québécois, mais simplement pour faire référence au fait que son histoire généalogique récente (c’est-à-dire son origine nationale dans un horizon de quelques générations) est italienne. Puisque nous ne souhaitons pas que le mot “Québécois” exclut l’italien, l’haïtien ou le Saoudien, nous disons “Québécois de souche” pour désigner cet individu dont l’origine généalogique récente est québécoise. Or, si la morale publique québécoise n’a pas de problème à ce qu’on désigne l’individu d’origine italienne comme étant “Italien” (tant que cela ne l’exclut pas évidemment), cette même morale n’accepte pas l’expression “Québécois de souche” parce qu’elle désigne un groupe dont on tente de taire l’existence.

Les origines du malaise

Le groupe social que désigne le terme “Québécois de souche” existe, il désigne les francophones dont les origines généalogiques récentes sont québécoises. Grossièrement, si vos arrières-grands-parents sont nés ici et parlaient le français, vous faites parti de ce que nous tentons de désigner par cette expression. Mais d’où vient donc ce problème avec le fait de désigner ce groupe, somme toute majoritaire au Québec ? Le problème vient du fait que, si l’expression désigne un groupe social effectivement existant, elle peut potentiellement être dangereuse, mais seulement dans certaines conditions.

L’expression peut devenir dangereuse si d’une manière ou d’une autre elle fini par vouloir dire “les vrais Québécois”, les québécois “originels”. Ainsi l’italien serait québécois, au sens où il vit sur le territoire, mais il deviendrait moins Québécois que le Québécois de souche parce que d’origine étrangère. Autrement dit, dans une telle perspective, l’italien est Québécois de facto, mais pas en essence. Cette perspective est dangereuse parce qu’elle pose une “essence” à l’identité québécoise et pose ainsi le principe que ce qui ne correspond pas à cette essence, étant forcément forgé d’une autre essence, ne peut pas être inclus dans la “vérité d’être” du mot “Québécois”, c’est-à-dire la vérité ultime et fondamentale que désigne le fait d’être québécois.

Cette perspective implique ainsi différents niveaux de sens au mot “québécois” qui désigne dans un premier niveau tous les individus vivants au Québec, puis dans un deuxième niveau, qui est alors la vérité profonde attachée au sens du fait d’être Québécois, le “vrai Québécois”. Il y a donc ici deux niveau de langage, l’un purement pratique et l’autre substantiellement profond et vrai. Le problème étant bien entendu que personne au Québec ne correspond réellement à ce “vrai Québécois”, mais surtout que cette définition (cette détermination ontologique) est complètement arbitraire en plus d’être une imposition d’un sens d’être.

C’est ce danger inclus dans le fait de désigner le groupe des “Québécois de souche”, cette possibilité toujours en veille que soit introduit dans cette expression l’idée que les Québécois de souche sont “les vrais Québécois”, les Québécois dans leur vérité d’être la plus pure, qui fait peur au moralistes du débat public québécois. Cette peur les mène à une grande prudence, une tellement grande prudence qu’ils en viennent à préférer oblitérer l’existence sociologique du groupe en évitant soigneusement de le désigner d’une quelconque manière.

Le problème étant évidemment que les Québécois de souche existent, qu’il y a entre eux une véritable solidarité symbolique, au même titre que les italiens partagent une solidarité symbolique, et que diluer ce groupe dans le “tout le monde est québécois” s’avère être aussi dangereux que d’affirmer l’existence de l’essence du vrai québécois au travers du Québécois de souche. S’il est vrai que tous les individus vivant au Québec doivent être considérés comme Québécois à part entière, que les Québécois de souche ne doivent pas être considérés comme plus québécois que les autres et d’ainsi jouir du privilège d’être plus chez soi que les autres au Québec, il n’en demeure pas moins que le groupe social que nous désignons par “Québécois de souche” existe et qu’il nous faut apprendre à le désigner et à affirmer son existence ouvertement sans pour autant tomber dans le piège décrit ici.
Je crois que la “crise identitaire” actuelle puise ses origines dans notre peur d’affirmer ouvertement l’existence des Québécois de souche et d’ainsi créer une classe d’individus privilégiés parce que plus chez eux que les autres au Québec. Ce silence a amené les Québécois des souche à une profonde frustration, ne se reconnaissant plus dans ce Québec qui se bâti actuellement et voyant la tentative malhabile de les oblitérer.

Une piste de solution ?

Étrangement, je crois que la piste de solution la plus prometteuse à ce malaise identitaire est précisément entre les mains de tous ces Québécois qui ne sont “pas de souche”. Par ailleurs, j’en suis d’autant plus convaincu que le malaise identitaire semble être moins grave là où les immigrants sont plus nombreux. Pourquoi ? Parce que notre existence nous est toujours d’abord véhiculée par le regard de l’autre, c’est l’autre qui me renvoi à ma propre existence, en me reconnaissant comme quelqu’un là devant lui. C’est dans la rencontre avec l’autre que je me rencontre moi-même, que je découvre ce que je suis, par mes ressemblances et mes différences, par ce que je reconnaît en l’autre et ce que je ne reconnaît pas.

Ainsi, je crois qu’il nous faudra arrêter d’avoir peur du piège inclus dans le fait d’affirmer l’existence des Québécois de souche. Bien au contraire, il nous faudra affirmer l’existence du groupe (sans pour autant lui accorder de privilèges) et en même temps favoriser davantage la rencontre. Étrangement, lorsque des groupes sociaux sont ouvertement nommés et affirmés dans leur existence effective et que ceux-ci ont la sagesse de se considérer comme des égaux, leur rencontre permet de les fortifier mutuellement dans leur existence et de créer entre ces différents groupes une communauté de reconnaissance, c’est-à-dire, le germe d’une communauté tout court.

En même temps, les Québécois doivent arrêter de se voir comme “des gentils accueillants” ouverts sur les autres, prêts à vivre avec eux mais pas à se transformer avec eux. Pourquoi ? Parce que cette perspective participe directement de la logique de l’essence du vrai Québécois : “je vous accueille chez nous, faites comme chez vous, mais vous êtes chez nous”. En d’autres mots, si vous pouvez faire “comme chez vous” alors que vous êtes “chez nous”, c’est bien parce que je le veux, puisque je suis moi “chez nous” contrairement à vous que j’accueille si gentiment. Cette perspective cache ceci : “je vous traite en égal, mais c’est moi qui est aux commandes, parce que moi je suis chez nous”. Par conséquent, un tel accueil en est un faux car il refuse à tous ceux qui ne sont pas Québécois de souche une participation légitime aux commandes du Québec.

Ainsi, les Québécois doivent changer d’attitude et arrêter d’avoir peur de perdre leur être. Pour ce faire, il faut que l’existence du Québécois de souche soit affirmée ouvertement et pour que cette affirmation soit saine, il faut que les Québécois de souche ayants arrêtés de se voir comme les seuls à être “véritablement chez eux” au Québec acceptent le véritable partage dans les commandes de cette société qu’est le Québec contemporain.

Les Québécois de souche ont actuellement le besoin profond de se retrouver (pensons simplement à quelques films récents comme “Aurore” ou “Un homme et son péché”, histoires mythiques au Québec, dont la redécouverte actuelle n’a rien d’un hasard). Étrangement, c’est au travers de ces Québécois qui ne sont pas de souches que les “de souches” se retrouveront. Il suffit qu’enfin le Québec arrête d’avoir peur.

Publié dans Analyses | 1 Commentaire »