Voilà maintenant quelque mois que je n’ai pas eu le temps de mettre à jour ma prévision. Quelques sondages ont eu lieu depuis et on note une baisse significative de l’appui à l’ADQ. Je vous propose ici une mise à jour basée sur le dernier sondage Crop /Lapresse du 6 décembre dernier. Ce sondage date de près d’un mois, mais c’est ce que nous avons de plus récent. Par ailleurs, il faut s’attendre à ce que La presse publie un sondage sous peu, probablement cette fin de semaine, et nous pourrons alors faire les comparaisons qui s’imposent.
L’exercice que je propose ici sera intéressant dans la mesure où j’ai cette propension à croire que les réunions familiales des fêtes constituent un important « événement » pour l’évolution de l’intention de vote. Les gens se réunissent, se dégourdissent un peu puis, parlant de plein de sujets qui les touchent, abordent évidemment celui de la politique. Ce faisant, le fruit de leur discussion peut renforcer l’opinion que certains ont déjà, ce s’ils prennent conscience qu’ils ne sont pas seuls à penser de cette manière, ou encore mettre certaines personnes dans le doute si ces personnes se rendent compte qu’elles sont seules dans leur camp. En d’autres mots, les réunions familiales peuvent avoir un effet d’homogénéisation des opinions, donc de renforcement des tendances observables et d’accélération de leurs différents effets. Il sera donc intéressant de voir, lors du prochain sondage, si un tel renforcement s’est produit durant les fêtes.
La chute de l’ADQ
Quoi qu’il en soit, ma nouvelle prévision est en rupture avec la précédente qui datait du 29 août dernier. À ce moment, en fonction du plus récent sondage Crop /Lapresse alors disponible, mon modèle prévoyait un gouvernement adéquiste minoritaire : ADQ 51, PQ 42, PLQ 32. Aujourd’hui, mon modèle prévoit un gouvernement péquiste minoritaire avec le parti libéral à l’opposition officielle : PQ 50, PLQ 43, ADQ 32. On remarque donc bien évidemment la chute assez radicale de l’ADQ qui est survenu durant l’automne. En à peine quelques mois, l’ADQ a perdu environ vingt sièges dans l’intention de vote, sièges que se partagent maintenant le PQ et le PLQ.
Chose intéressante dans ce sondage, aucun des partis ne se chevauche vraiment dans la marge d’erreur : le PQ étant à 30 %, le PLQ à 27 % et l’ADQ à 22 % alors que la marge d’erreur est de + ou - 3,1 %. C’est donc dire que mathématiquement, il y a 19 chances sur 20 (soit une confiance mathématique de 95 %) que les positions des partis soient justes.
Le problème des indécis
Un seul problème demeure et c’est évidemment celui des indécis. Lors de la dernière élection, il aurait fallu donner 60 % des indécis du dernier sondage Léger marketing du 24 mars 2007 à l’ADQ pour obtenir le véritable résultat. Le problème est aujourd’hui complexe parce qu’il faut se rappeler qu’à ce moment, les électeurs adéquistes pouvaient facilement se croire marginaux et préféraient donc demeurer discrets en ne dévoilant pas leur intention de vote lors des sondages, se disant donc indécis. Toute la question est de savoir si un tel phénomène est encore d’actualité, avoir l’intention de voter pour l’ADQ est-il encore, pour une grande proportion de gens, quelque chose que l’on souhaite garder pour soi? Il est tout autant justifié d’en douter que de croire que oui, là est le problème. Après l’élection et durant l’été, l’ADQ était clairement en tête, c’est donc dire que les répondants n’avaient pas de crainte à se dire adéquistes, mais il demeure tout de même vrai que l’ADQ est publiquement ridiculisé, comme tous les partis soit, mais pour des raisons différentes qui pourraient pousser les adéquistes à la discrétion. Alors que l’on critique le PQ et le PLQ pour leurs positions proprement politiques, on critique principalement l’ADQ pour ce que nous pourrions appeler son « amateurisme » politique, le sketch du dernier ByeBye en constitue un excellent exemple. Il y a donc une différence dans la nature des attaques publiques qui sont faites à l’endroit de l’ADQ par rapport celles qui sont adressées au PQ et au PLQ. La question ici est de savoir si une telle situation pousse des répondants adéquistes à être plus discrets que ceux des autres partis.
Par prudence, j’ai préféré donner 60 % des indécis aux adéquistes dans la prévision que je vous présente aujourd’hui, ce parce que c’est ce que l’expérience de la dernière élection, seule expérience qui soit basée sur des faits, nous dicte de faire. En ce sens, que l’ADQ ait perdu autant de sièges dans mes prévisions, ce malgré une répartition des indécis qui l’avantage grandement devrait inquiéter Mario Dumont. D’abord, il est possible que l’ADQ continu de perdre des appuis, mais surtout, il est fort probable que, contrairement à la dernière élection, les adéquistes ne soient pas plus discrets que les électeurs des autres partis, ce qui voudrait alors dire que je surestime la position réelle de l’ADQ.
Il faut encore attendre la sortie du prochain sondage d’après Noël pour en avoir le cœur net