Mise à jour… enfin!
Publié par quebecpol sur janvier 5, 2008
Voilà maintenant quelque mois que je n’ai pas eu le temps de mettre à jour ma prévision. Quelques sondages ont eu lieu depuis et on note une baisse significative de l’appui à l’ADQ. Je vous propose ici une mise à jour basée sur le dernier sondage Crop /Lapresse du 6 décembre dernier. Ce sondage date de près d’un mois, mais c’est ce que nous avons de plus récent. Par ailleurs, il faut s’attendre à ce que La presse publie un sondage sous peu, probablement cette fin de semaine, et nous pourrons alors faire les comparaisons qui s’imposent.
L’exercice que je propose ici sera intéressant dans la mesure où j’ai cette propension à croire que les réunions familiales des fêtes constituent un important « événement » pour l’évolution de l’intention de vote. Les gens se réunissent, se dégourdissent un peu puis, parlant de plein de sujets qui les touchent, abordent évidemment celui de la politique. Ce faisant, le fruit de leur discussion peut renforcer l’opinion que certains ont déjà, ce s’ils prennent conscience qu’ils ne sont pas seuls à penser de cette manière, ou encore mettre certaines personnes dans le doute si ces personnes se rendent compte qu’elles sont seules dans leur camp. En d’autres mots, les réunions familiales peuvent avoir un effet d’homogénéisation des opinions, donc de renforcement des tendances observables et d’accélération de leurs différents effets. Il sera donc intéressant de voir, lors du prochain sondage, si un tel renforcement s’est produit durant les fêtes.
La chute de l’ADQ
Quoi qu’il en soit, ma nouvelle prévision est en rupture avec la précédente qui datait du 29 août dernier. À ce moment, en fonction du plus récent sondage Crop /Lapresse alors disponible, mon modèle prévoyait un gouvernement adéquiste minoritaire : ADQ 51, PQ 42, PLQ 32. Aujourd’hui, mon modèle prévoit un gouvernement péquiste minoritaire avec le parti libéral à l’opposition officielle : PQ 50, PLQ 43, ADQ 32. On remarque donc bien évidemment la chute assez radicale de l’ADQ qui est survenu durant l’automne. En à peine quelques mois, l’ADQ a perdu environ vingt sièges dans l’intention de vote, sièges que se partagent maintenant le PQ et le PLQ.
Chose intéressante dans ce sondage, aucun des partis ne se chevauche vraiment dans la marge d’erreur : le PQ étant à 30 %, le PLQ à 27 % et l’ADQ à 22 % alors que la marge d’erreur est de + ou - 3,1 %. C’est donc dire que mathématiquement, il y a 19 chances sur 20 (soit une confiance mathématique de 95 %) que les positions des partis soient justes.
Le problème des indécis
Un seul problème demeure et c’est évidemment celui des indécis. Lors de la dernière élection, il aurait fallu donner 60 % des indécis du dernier sondage Léger marketing du 24 mars 2007 à l’ADQ pour obtenir le véritable résultat. Le problème est aujourd’hui complexe parce qu’il faut se rappeler qu’à ce moment, les électeurs adéquistes pouvaient facilement se croire marginaux et préféraient donc demeurer discrets en ne dévoilant pas leur intention de vote lors des sondages, se disant donc indécis. Toute la question est de savoir si un tel phénomène est encore d’actualité, avoir l’intention de voter pour l’ADQ est-il encore, pour une grande proportion de gens, quelque chose que l’on souhaite garder pour soi? Il est tout autant justifié d’en douter que de croire que oui, là est le problème. Après l’élection et durant l’été, l’ADQ était clairement en tête, c’est donc dire que les répondants n’avaient pas de crainte à se dire adéquistes, mais il demeure tout de même vrai que l’ADQ est publiquement ridiculisé, comme tous les partis soit, mais pour des raisons différentes qui pourraient pousser les adéquistes à la discrétion. Alors que l’on critique le PQ et le PLQ pour leurs positions proprement politiques, on critique principalement l’ADQ pour ce que nous pourrions appeler son « amateurisme » politique, le sketch du dernier ByeBye en constitue un excellent exemple. Il y a donc une différence dans la nature des attaques publiques qui sont faites à l’endroit de l’ADQ par rapport celles qui sont adressées au PQ et au PLQ. La question ici est de savoir si une telle situation pousse des répondants adéquistes à être plus discrets que ceux des autres partis.
Par prudence, j’ai préféré donner 60 % des indécis aux adéquistes dans la prévision que je vous présente aujourd’hui, ce parce que c’est ce que l’expérience de la dernière élection, seule expérience qui soit basée sur des faits, nous dicte de faire. En ce sens, que l’ADQ ait perdu autant de sièges dans mes prévisions, ce malgré une répartition des indécis qui l’avantage grandement devrait inquiéter Mario Dumont. D’abord, il est possible que l’ADQ continu de perdre des appuis, mais surtout, il est fort probable que, contrairement à la dernière élection, les adéquistes ne soient pas plus discrets que les électeurs des autres partis, ce qui voudrait alors dire que je surestime la position réelle de l’ADQ.
Il faut encore attendre la sortie du prochain sondage d’après Noël pour en avoir le cœur net
janvier 11, 2008 à 8:19
Bien heureux de vous voir de retour! Vous vous êtes laissé aller!
Pour ce qui est du problème de la répartition des indécis, je me demande si nous ne nous sommes pas leurrés dans l’analyse de ce problème depuis plusieurs années. Je ne vois vraiment pas pourquoi il faudrait donner un biais systématique tantôt à l’un ou à l’autre. Il faut pouvoir réellement démontrer, autrement qu’à posteriori, le sens d’un biais. La prime à l’urne selon le vocabulaire de Bourassa avait au moins l’avantage de ne pas expliquer le phénomène sur la base d’un parti.
C’est ainsi que l’imprécision de derniers sondages avant l’élection ne peuvent, aujourd’hui, justifier que l’on continue à donner un biais favorable à l’A.D.Q. Et quand on sous-estime la défaite d’un parti, pourquoi il n’y aurait pas de dé-prime à celui-ci???
Le problème de la répartition des indécis reste et demeure une énigme que personne n’a su, à ce jour, expliquer avec une argumentation solide.
Quant à l’A.D.Q., le prochain sondage devrait confirmer les tendances actuelle, je l’espère. Nous voyons poindre un redressement dans le sens du bi-partisme et il ne fait pas de doute que les deux grands partis collaborent, consciemment ou non, en ce sens. C’est un intérêt partagé.
Autre indice qui ne ment pas, aucun grand joueur, aucune éventuellement star ne cogne à la porte de l’A.D.Q.. Il est à se demander si, de nos jours, le parti d’un seul homme, le parti… à propriétaire unique peut encore espérer quelque chose de solide à long terme? Qui d’ailleurs ayant de la valeur et de la consistance voudrait se réfugier dans l’ombre d’un… dictateur?
Il y aurait lieu de voir aussi l’importance du partage de l’électorat entre Conservateurs fédéraux et A.D.Q.. Là aussi l’attrait des Conservateurs semble aussi se dégonfler.
janvier 12, 2008 à 4:29
Pour ce qui est de la répartition des indécis, il faut comprendre que ce que les sondages “collectent” en cette matière n’est pas aléatoire. Il y a des facteurs sociologiques qui prédisposent certaines catégories de personnes à se dire indécis. Par exemple, pour diverses raisons, on remarque que systématiquement les individus moins scolarisés, et par le fait même souvent moins nanti, sont beaucoup moins porté à donner leur opinion. Ce n’est qu’un exemple, mais compte tenu de cela, il faut être capable d’inclure ces variables dans l’analyse.
” Le problème de la répartition des indécis reste et demeure une énigme que personne n’a su, à ce jour, expliquer avec une argumentation solide “. Ce n’est pas tout à fait juste, je vous invite à ce titre à consulter les travaux de Pierre Drouilly, professeur de science politique à l’UQAM, et par ailleurs mon directeur de thèse, qui apporte au phénomène de nombreuses explications. Le principal problème cependant, et ce même en ayant une bonne compréhension de la chose, demeure de faire des prédictions, car malgré tout, de telles prédictions reposent souvent davantage sur l’instinct du chercheur que sur ” la réalité ” celle-ci n’étant évidement pas encore advenue, puisqu’il s’agit toujours d’une ” pré-diction “.
janvier 22, 2008 à 7:01
Je comprend parfaitement que la répartition des indécis ne soit pas aléatoire. En fait l’indécision est en soi une forme… d’opinion, un “état d’opinion”. Et comme toute opinion elle est “portée” par des personnes aux caractéristiques identifiables donc non aléatoire.
Quand je dis qu’on n’a pu bien expliquer la dynamique de la répartition des indécis je fais évidemment référence au fait qu’on ne peut encore dégager de règle(s) scientifique, c’est à dire vérifiable et pouvant être reproduite, conduisant à des résultats probants et constants.
En fait, le chercheur peut certes avoir un instinct, avoir un flair, un sens politique mais tout ceci demeure du domaine de l’art et, au pire, dans un sens, du pifomètre. Le chercheur n’est plus tellement alors un scientifique. ses opinions sont semblables à celles des clients de nos barbiers. Disons qu’ils sont des clients… généreusement qualifié d’avisés.
Le jeu de la politique, la lutte politique dans un cadre démocratique consiste sous cet aspect, lors des élections, à attirer le vote qui n’est rien d’autre qu’un état de cristallisation, de maturation de l’opinion.
Le sondeur ne fait que plonger son thermomètre dans ce chaudron dont le contenu, on le sait, est appelé à se figer… plus ou moins ou complètement le jour de l’élection.
L’image de la “prise du ciment” est assez juste. C’est cette part de ciment qui est prise, qui n’est pas prise, qui prendra peut-être et qui ne prendra pas à temps pour le jour de l’élection que le sondeur essaie d’apprécier.
Le succès de son oeuvre dépend certes de la justesse de sa lecture mais surtout de sa prédiction. Sonder ce n’est pas juste photographier, c’est surtout prévoir le mouvement. Il y a des situations où la photographie, très tôt révèle le rangement des personnes qui peuvent être sur le portrait, de tous ceux qui peuvent y être et l’image est claire longtemps d’avance.
Mais il y a des situations où on ne sait pas grand chose. Qui et combien participeront? Où se rangeront-ils? Qui ne se rangera pas? Voilà tout le défi. Et voilà où la discipline n’a pas tellement progressée.
Une chance aussi car l’art de la prédiction politique en prendrait pour son rhume dans les “show de chaises” réunissant les analyste et dans nos blogues.
En fait, il y a une autre façon d’aborder la question en terme d’appréciation du risque prédictif, un peu comme nous le faisons quand nous établissons le degré de sûreté.
Nous pouvons avoir une marge d’erreur scientifiquement prédictible. Et moins la marge d’erreur est grande plus l’image finale de ce qui se révèle sera conforme au coup de sonde. Mais pourquoi ne pas aussi qualifier la sûreté de prédiction selon les caractéristiques des indécis en nombre, pourcentage etc…
Il faut, je le répète, bien comprendre que les indécis et la participation sont des éléments prédictifs aussi importants, en fait plus importants souvent, que la clarté des participants effectif à la prise de photographie du sondeur…
janvier 23, 2008 à 12:00
En effet, tenter de déterminer le movement des indécis est particulièrement difficile depuis la montée de l’ADQ, c’était plutôt aisé lorsque nous avion notre bonne vieille situation bipartite à laquelle tous étaient habitués et sur laquelle les analystes pouvaient avoir recours aux expériences passées. C’est moins le cas aujourd’hui et c’est d’autant plus difficile que les “prédictions sont serrées”
Quant à l’aspect scientifique, je suis tout à fait d’accord avec vous. Cependant, j’aimerais mentionner que la science elle-même est très loin d’être ce qu’elle prétend être, et elle est surtout encore plus loin d’être l’image qu’elle tente de se forger d’elle-même. Je vous suggère à cet effets les ouvrages de Bruno Latour (maintenant directeur de sciencepô Paris), dont principalement “La science en action” qui est son œuvre la plus importante.