Québecpôl

Prévisions des élections québécoises

Le PQ sous-estimé ?

Posté par quebecpol le novembre 17, 2008

Voilà que plusieurs sondages ont été rendus publics depuis le lancement de la campagne électorale et je crois qu’est venu le temps de les analyser rapidement les uns par rapport aux autres. Étonnamment, la question qui ressort d’un simplement coup d’oeil aux sondages est de savoir si le PQ n’est pas sous-estimé. Cela est pourtant très étonnant, car à l’habitude c’est plutôt le PLQ qui est dans une telle position (ce qui renvoie au phénomène de « prime à l’urne » que j’ai déjà expliqué dans un autre article), et lors de la dernière élection, qui n’aura peut-être été qu’une élection exceptionnelle, c’est l’ADQ qui a été sous-estimé. Cependant, jamais le PQ n’a « bénéficié » de cet effet.

Dans le tableau ci-dessous, on voit l’évolution des intentions de vote avant la répartition des indécis pour les trois partis majeurs. J’ai également ajouté l’évolution de « mes discrets ». Je dis « mes » car il n’y a à ma connaissance que moi qui les définis ainsi. Ils sont constitués de deux groupes : d’abord les indécis, mais aussi les répondants qui se « cachent » derrière les petits partis comme le Parti Vert et Québec solidaire. Ces petits partis sont systématiquement surestimés dans les sondages pour des raisons que j’ai déjà expliquées ailleurs. Ils ne sont pas contestés socialement parce que très peu compétitifs, ils ont en ce sens un certain capital de sympathie et constituent donc un joli refuge pour des répondants souhaitant demeurer discrets sur leur véritable intention de vote. Comment puis-je départager les « vrais verts » et les « vrais QS » des faux ? Pour y arriver, il faut faire une hypothèse qui ne pourra être confirmée que le jour du vote, il faut donc prendre un risque. Mon hypothèse : le vote des petits partis restera le même que lors de la dernière élection (7,69%), c’est donc dire que tout ce qui exclut 7,69% est un vote de discrets qui se cachent. En fait, il est même plus probable que le vote des petits partis faiblisse par rapport à la dernière élection, mais il faudrait alors que je détermine moi-même, de manière purement arbitraire, ce qu’ils obtiendront afin de séparer les « vrais » des « faux », chose que je préfère ne pas faire et je m’en tiens donc au résultat de la dernière élection. Donc, « mes discrets » sont composés des indécis et de ce que nous pourrions appeler les « faux autres », c’est -à-dire le total du parti vert, de QS et des autres auxquels je soustrais 7,69%. Regardons ce que cela donne.

disc17-11-08

On remarque d’abord une chose en observant les plus récents sondages : le vote de l’ADQ suit assez fidèlement le vote des discrets. Quand les discrets descendent, l’ADQ descend aussi et vice-versa. Ce qui n’est pas de bon augure pour le parti de Mario Dumont, car le jour du scrutin, personne ne peut voter « indécis », mais cela veut surtout dire que très peu d’adéquistes se cachent chez les discrets et que donc l’ADQ ne peut pas réellement espérer avoir des électeurs cachés quelque part qui viendront l’appuyer le jour de l’élection. Voilà, en premier lieu, pourquoi j’ai décidé d’arrêter de donner 60 % des indécis à l’ADQ, il n’y a tout simplement plus aucun signe que les adéquistes se cachent.

Ce qui est extrêmement intéressant par contre, c’est de regarder l’évolution du vote du PQ par rapport à mes discrets où l’on note en effet une sorte  « d’effet miroir ». Le professeur Pierre Drouilly a déjà noté cet effet entre les indécis et le parti libéral, ce qui expliquait le phénomène de la prime à l’urne, j’utilise donc son expression. Évidemment, le miroir ne peut être parfait, il y a toujours les marges d’erreur d’un sondage à l’autre, mais on voit quand même très bien que les lignes d’évolution sont inversées de manière semblable. Quand les discrets diminuent, le PQ monte et inversement. Par ailleurs, le mouvement des discrets est systématiquement plus grand que celui du PQ, par exemple, quand les discrets diminuent de 5, le PQ monte de 3, ce qui veut dire qu’il n’y a pas que des péquistes qui se cachent, mais la régularité de leur relation tend à me faire dire qu’il y a significativement plus de péquistes qui se cachent chez les discrets que de libéraux ou d’adéquistes. Dès lors, il faut commencer à se demander si le PQ n’est pas sous-estimé dans les sondages et si c’est bien le cas, il faudra voir si ces péquistes discrets iront voter où s’ils auront plus tendance à demeurer chez eux le jour du vote. Si les péquistes qui semblent se cacher chez les petits partis se cachent par démobilisation, alors le PQ ne bénéficiera pas de la prime à l’urne, par contre, s’ils se cachent pour d’autres raisons et vont voter, alors le PQ pourrait mieux performer que prévu. De toute manière, nous n’aurons la réponse à ces questions que le 8 décembre.

4 Réponses vers “Le PQ sous-estimé ?”

  1. Merci pour cette analyse, c’est très éclairant!

  2. [...] À lire pour les amateurs de méthodes quantitatives: le billet du blogue Québecpôl sur la question suivante: l’appui au PQ est-il sous-estimé dans les sondages? [...]

  3. Intéressant. Je vais revenir vous voir.

  4. Québecpôl a dit

    [...] par quebecpol sur décembre 9, 2008 Comme je le croyais, le PQ a été sous-estimé. Mais l’ADQ aussi et le parti a donc plus de sièges que je ne l’avais prévu. Je félicite [...]

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