Voilà que l’automne arrive à grands pas et avec lui la nouvelle année politique qui débute. Avant que ne recommence la joute, un état de la situation s’impose, d’autant que nous sommes en situation de gouvernement minoritaire et qu’en ce sens nous aurons certainement droit à du jeu robuste. Le dernier sondage Crop/La presse du 29 août dernier peut ici nous y aider. Je vous propose donc ici mon analyse des résultats de ce dernier sondage.
Veuillez noter que dans cet article, les chiffres desquels sont issus les différents graphiques émanent de ma propre répartition des indécis que j’ai fais à partir du dernier sondage Crop. Ne soyez donc pas étonnés de ne pas y voir de concordance directe. J’expliquerai cette problématique davantage à la fin de l’article.
Le PLQ au plus bas
Le premier élément à mentionner, c’est d’abord que la tendance se confirme pour le PLQ, il a atteint les bas-fonds et il semble être parti pour y rester. Il ne faudrait pas s’attendre à ce que la parti descende encore, je crois qu’il a atteint sa base minimale, mais il n’en demeure pas moins que la situation est pour le moins critique pour le parti, d’autant que rien ne nous laisse croire qu’il pourrait entamer une remontée.

Si nous observons le graphique ci-haut, dans lequel les lignes pointillées représentent la marge “d’erreur de l’élection”, c’est-à-dire la marge dans laquelle le PLQ devrait se trouver dans les sondages (d’une marge d’erreur de + ou - 3 %) si l’intention de vote des électeurs n’avait pas changé depuis l’élection, on remarque qu’il se situe sous cette marge depuis maintenant trois sondages. Ainsi, nous pouvons affirmer avec beaucoup de confiance que le parti à réellement baissé dans l’intention de vote et ce substantiellement. Nous pouvons aussi dire que le PLQ est très certainement en troisième position présentement.
La lutte entre le PQ et l’ADQ
Un autre élément qui se confirme dans ce sondage c’est la remontée du PQ et la stabilisation du vote de l’ADQ.
D’abord, on note que, tout comme lors du dernier sondage du 27 juin, le PQ se situe légèrement au-dessus de sa marge d’erreur de l’élection. En ce sens, nous ne pouvons pas affirmer qu’il soit réellement en ascension depuis l’élection, mais avec maintenant deux sondages qui le placent à cet endroit, nous pouvons croire que le parti a probablement fait des gains.

Quant à l’ADQ, la situation est semblable à celle du PQ.

Tout le problème actuellement est de savoir lequel des deux partis est en avant de l’autre. Personnellement, je crois qu’ils sont actuellement à quasi égalité. Une chaude lutte s’annonce donc pour les votes francophones!
Le problème de la répartition des indécis
Le plus grand problème actuellement pour celui qui tente d’analyser les sondages consiste en la répartition des indécis. Les différentes maisons de sondages ont l’habitude de les répartir proportionnellement aux résultats du sondage. Ainsi, dans un sondage ou le Parti P aurait eu 50 % des intentions de vote, on lui attribut 50 % des indécis, et ainsi de suite pour les autres partis. La raison pour laquelle les différentes firmes utilisent cette méthode est simplement parce que c’est celle qui implique le moins de travail sur les données recueillies. Non pas que le travail leur fasse peur et que les sondeurs soient paresseux! C’est simplement que de l’idée de répartir les indécis autrement leur fait peur parce que cela implique de “bidouiller” avec les données et que cela oblige à sortir de la simple logique mathématique pour y faire entrer de l’analyse sociologique et politique, ce qui implique une possibilité d’erreur en apparence plus grande.
Pour ma part, si je respecte et comprends cette décision des firmes de sondages, j’ai choisi pour différentes raisons de ne pas répartir les indécis de cette manière. Si vous avez lu le deuxième texte sur la théorie des sondages, vous comprenez l’origine de ce que l’on appelle “la prime à l’urne”, qui jusqu’à tout récemment favorisait les libéraux. Je vous ai expliqué que ce phénomène s’explique par les indécis : les électeurs libéraux étaient plus nombreux à se dire indécis que les électeurs péquistes et nous observions donc que le PLQ obtenait toujours des résultats légèrement supérieurs à ce que lui prédisaient les sondages. Le fait est qu’il ne faut pas comprendre ce phénomène comme quelque chose de figé, de coulé dans le béton. Il faut voir que dans la société québécoise, un certain type de personnes sont plus hésitantes à divulguer leur intention de vote dans un sondage et qu’une proportion significative de ces personnes étaient jusqu’à maintenant des libéraux. Par ailleurs, ces personnes ne sont pas simplement réparties au hasard dans la société, elles ont des traits caractéristiques communs qui expliquent leur décision de se dire indécises afin de ne pas dévoiler leur véritable option politique.
Ici entre donc en jeu l’instinct de l’analyste politique. Malheureusement, je n’ai évidemment pas accès aux résultats complets des derniers sondages, je n’ai que ce qui a été publié dans les journaux avec cette petite nuance que j’ai pu avoir accès aux différents pourcentages d’indécis de chacun de ces sondages. Cependant, il est certain que dans tous ces questionnaires, certaines questions que nous appelons “socio-démographiques” ont été posées. Ce genre de questions réfèrent à, par exemple, l’âge, le sexe, le milieu de vie et le revenu des répondants. Ce genre de données me permettraient de dégager le type d’individus que nous pouvons appeler “discrets” (j’utilise ici la terminologie du Professeur Pierre Douilly de l’UQAM) et d’en tirer certaines conclusions avec plus de certitude. Ceci étant dit, en l’absence de telles données, l’instinct doit prendre le relève!
Le problème aujourd’hui est que, si nous prenons les résultats bruts (avant le répartition des indécis) du sondage Léger-Marketing s’étant déroulé tout juste à la veille de l’élection, il aurait fallu attribuer près de 60 % des indécis à l’ADQ pour avoir un résultat qui s’approchait de leur véritable score. La question est donc de savoir si la prime à l’urne favorise maintenant l’ADQ. Le chose fait du sens, car il est fort probable que les discrets soient des nationalistes non souverainistes vivant dans des milieux sociologiquement plus souverainistes. Ces individus auraient donc naturellement tendance à demeurer discret sur leur option politique parce qu’habitués à se voir isolé dans leur milieu. Par exemple, un fier Québécois fédéraliste au Saguenay aura appris très vite à ne pas parler de ses convictions et reproduira cette attitude même dans l’anonymat de l’entrevue téléphonique. Par ailleurs, vouloir voter pour un parti pour lequel on croit que peu de gens voteront porte à la discrétion. Ce deuxième phénomène explique certainement le résultat de l’ADQ par rapport à ce que prédisaient les sondages juste avant l’élection : beaucoup de gens voulaient voter pour l’ADQ mais plusieurs d’entre eux ne voulaient pas le dire parce qu’ils se croyaient un peu seuls à vouloir le faire et avaient peur de la réaction des autres.
Le problème maintenant, c’est qu’après le résultat de la dernière élection, il est peu probable que le fait de voter pour l’ADQ puisse être vu comme quelque chose de stupide qui porterait les gens à être discrets sur leur option. Autrement dit, il est peu probalbe qu’un individu songeant à voter pour l’ADQ se croit être à contre-courant. Donc, il est logique de croire que moins d’électeurs adéquistes aient peur de se dévoiler comme tels en se disant indécis. En ce sens, il faudrait accorder une moins grande proportion d’indécis à l’ADQ que ce qu’il aurait fallu faire juste avant l’élection.
Tout le problème est donc de savoir comment il faut répartir les indécis maintenant. Nous n’aurons de véritable réponse à cette question que lors de la prochaine élection, mais d’ici là, l’analyse de plusieurs sondages pourra nous donner des indices. Il faudra cependant attendre d’avoir plus de coups de sonde pour s’en faire une idée.
Un chose est certaine, le PLQ est troisième. la question maintenant est de savoir qui, entre le PQ et l’ADQ, prendra la tête.